État des lieux (5)

Publié le par Jean LE DUFF

Les circuits financiers:
une pompe à profits contre
la production utile dans notre pays

Jusque dans les années 1970 le développement du Capital était fondé sur la production de bien et de services. Le rôle moteur était tenu par l'industrie. Depuis le 19 ème siècle dans l'organisation de la production le gigantisme, la concentration des filières de production était la règle dominante. Cette forme d'organisation réduisait les coût de transport d'une étape à l'autre de la production.

On pourrait presque dire que le Capitalisme a inventé "les circuits courts", au moins au niveau de la production. Pourtant ce gigantisme présentait pour le capitalisme un inconvénient majeur: il créait des concentrations ouvrières où circulaient les valeurs de solidarité et de justice sociale notamment. Le syndicalisme était porteur de ces valeurs. L'autre défaut de la cuirasse capitaliste en ces temps là découlait du fait que le développement du Capital était directement lié à la valeur marchande de la production réalisée. Il s'ensuivait que tout arrêt de la production était un manque à gagner pour celui-ci.

Cela a donné une grande force à la classe ouvrière pour appuyer ses revendications. Cela explique pourquoi, dans ce contexte d'organisation de la production, des conquêtes ouvrières importantes ont pu se concrétiser en 1936 comme en 1968, mais aussi dans la diversité des situations particulières à telle ou telle entreprise, ici ou là. En plus, chez nous en France, la grande bourgeoisie capitaliste s'était tellement déconsidérée en collaborant avec le régime nazi, qu'elle a dû faire profil bas à la Libération.

Dans cette période, grâce aux nationalisations décrétées, notre pays s'est doté des moyens nécessaires pour développer notre pays. Déjà la nationalisation des chemins de fer en 1938 était parvenue à suppléer à la carence des multiples compagnies privées de chemin de fer qui se révélaient incapables de mettre en synergie les différents réseau et de rendre un service de qualité. On peut constater d'ailleurs aujourd'hui que la privatisation de la SNCF aboutit nouveau à une dégradation du service rendu.

Et puis De Gaulle est arrivé à la faveur de l'incapacité des partis politiques de droite et de la social-démocratie, la SFIO notamment, de mener une politique de décolonisation en accord avec les peuples colonisés. De Gaulle a ramené avec lui dans ses bagages des représentants des grandes sociétés capitalistes. Ce sont ces gens là qui ont investi l'État en 1958. Ce sont eux, qui à la faveur du développement des nouvelles technologies du transport, de la communication et du numérique ont accompagné et favorisé la mise en réseau des établissements financiers à l'échelle du monde. C'est le temps du développement des multinationales.

Dans ce contexte au cours des années 1970, la finance à mis la main sur les grandes entreprises. Jusqu'alors ce sont les capacités techniques de production qui fondaient  les grandes entreprises. A partir de là ce sont les capacités financières d'investissement qui ont les manettes de l'appareil de production. Les nouvelles technologies permettent de démanteler les grandes structures usinières, d'externaliser des productions de composants, de multiplier les sous traitants et de les mettre en concurrence. Le pilotage se fait désormais sous l'autorité des fonds d'investissement. Le taux de rendement des actions devient un critère déterminant et de plus en plus le coût du travail devient la variable d'ajustement.

Cette évolution technologique a diversifié la classe ouvrière la rendant moins solidaire. Les délocalisations, la mise en concurrence des entreprises sous-traitantes, le fait que les  prélèvement financiers sont  plus efficace pour prélever des profits que la commercialisation de la production, tout ceci concoure à ce que les luttes syndicales soient plus difficiles.

Des années 1970 à nos jours la condition ouvrière, de ce fait, s'est continuellement dégradée. Parallèlement un nouveau chevalier des temps moderne est promu par l'idéologie capitaliste dite "Néo-libérale": "l'Entrepreneur". L'entrepreneur est une personne armée de compétence, créative, capable de monter un projet industriel ou de créer un service. Généralement ce qui lui manque pour opérationnaliser son projet, ce sont des moyens financiers. Qu'à cela ne tienne, les banques vont lui en prêter. Évidemment à des taux rentables pour elles et leurs actionnaires.

Notre jeune entrepreneur à besoin d'élargir sa clientèle potentielle, il a besoin de l'appui de réseaux d'influence. Il lui faut savoir communiquer, être en alerte permanente pour ne pas laisser passer une opportunité. Il lui faut aller très vite au bout de son projet. Les traites de remboursement des prêts tombent chaque moi. Il ne faut pas qu'il perde de vue les repères comptables. Sa vie peut devenir un enfer et il n'y a que les salariés de l'entreprise sur lesquels il puisse avoir réellement prise. Cette description de l'enfer des jeunes entrepreneur a donné lieu, il y a quelque semaine à une émission sur FR3 à une émission: "les 3 D."

D comme "Dépôt de Bilan", D comme "Dépression", D comme "Divorce", car au bout du compte, une vie qui vous contraint à être partout à la fois a forcément des répercussions sur la vie familliale. On peut comprendre que la vie de ces gens là ne soit pas toujours facile mais, en définitive, par les conditions financières qui les contraignent, ils sont devenus aussi des rabatteurs de fric vers les banques et, dans des conditions qui les contraignent à peser fortement sur les salaires de leurs personnels.

Mais les banques ont d'autres cordes à leur arc. Elles prêtent à ceux qui ont besoin de s'équiper mais elles disposent aussi d'une clientèle particulièrement juteuse, celle pour laquelle elles pratiques des taux d'usure, les plus pauvres, ceux qui, surendettés parce que leurs salaires sont trop faibles, sont contraints  de contracter des emprunts à cours terme à des taux très élevés, Rappelons que depuis octobre 2016 pour un emprunt inférieur à 3000 €, le taux effectif global  peux monter à 20% (taux d'usure). C'est le cas par exemple pour un jeune qui a besoin d'acquérir un véhicule d'occasion pour pouvoir trouver du travail.

C'est cela le système financier avec les transactions boursières spéculatives, des achats et des reventes de titres qui peuvent changer plusieurs fois de titulaires dans la journée, raflant au passage 3 à 5% de leur valeur. En 1950, pour 100 euros de masse salariale (salaire brut versé à l’ensemble du personnel plus cotisations sociales dites patronales), les entreprises versaient 9,50 euros de dividendes et 4,50 euros de charges d’intérêt. En 2013, pour 100 euros de masse salariale,  les dividendes et intérêts versés équivalent à la moitié de la masse salariale des sociétés non financières.

Tout ceci n'est possible que parce que les États, dont le nôtre, ont choisi de se laisser dominer par ce système.  Le seul choix qui nous est laissé pour sortir du marasme est de reconquérir l'État. La solution a nos difficultés est essentiellement politique. Tel est l'enjeu des prochaines échéances électorales dans notre pays.

 

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