État des lieux (3)

Publié le par Jean LE DUFF

 
La Restauration
et l'émergence de
la réalité de la lutte de classes

Par delà les turbulences qui ont accompagné son émergence. la Révolution de 1789 a été fondatrice de principes qui font toujours référence, même si leur validation opérationnelle laisse encore à désirer. Ce que j'ai écris de la Révolution française, comme ensemble des moyens utilisés par la Bourgeoisie pour s'opposer à la domination de l'Aristocratie, se dotant finalement d'un État despotique (l'Empire) pour garantir ses intérêts, développer et pérenniser ses pratiques peut être rapproché de ce qui se déroula quelques140 années avant 1789, en Angleterre, quand commença la première révolution anglaise.

La comparaison est saisissante. Le roi Charles 1er, leur Louis XVI à eux, est condamné à mort et exécuté. L'homme fort de l'époque Oliver Cromwell est un militaire efficace qui se bat contre les troupes royalistes et conquiert l'Irlande, en quelque sorte l'équivalent du Bonaparte devenu 1er Consul après le 18 brumaire en France. C'est l'époque du "Commonwealth", littéralement de la "richesse commune". La monarchie est rétablie en 1661 après 12 ans de régime "bourgeois." Dans l"histoire de al Grande Bretagne on donne aussi le nom de Restauration le rétablissement de la monarchie.

Entre le début de la Révolution de 1789 et l'abolition de l'Empire en France il s'est passé 27 ans. La bourgeoisie française a assis son autorité. Malgré la disparition de l'empire, malgré la présence des monarchies coalisées on ne peut pas revenir à la situation d'avant 1789,  Le régime monarchique de la Restauration sera donc un régime de compromis. Communes , Départements et Préfets subsisteront mais les maires seront nommés par le pouvoir central. La Chambre des députés sera maintenue où s'affronteront Grands Bourgeois et Ultra-Royalistes. En 1824, avec l'avènement de Charles X, ceux-ci croiront pouvoir faire renaître la domination passée de l'aristocratie.

François Guizot, intellectuel formé dans l'esprit de la filiation huguenote et libérale fût l'un des idéologues et penseurs de ce courant portant la bourgeoisie au pouvoir. Il fût un des hauts fonctionnaires auprès de Louis XVIII. Il fût le mandataire du Parti Libéral chargé de convaincre Louis XVIII d'accepter le régime de compromis que j'évoque ci-dessus. Il fût influent auprès des doctrinaires -royaliste libéraux-. Écarté du pouvoir avec l'avènement de Charles X, il y revint après les journées de juillet 1930 avec le "monarque" républicain Louis-Philippe.

C'est pendant les années où il fût écarté du pouvoir (1824-1830), qu'avec d'autres historiens,  Augustin Thierry, Adolphe Thiers, François-Auguste Mignet il formula le concept de "lutte de classes". Sa formation universitaire, sa connaissance de la pensée de Rousseau, son expérience de haut fonctionnaire en même temps que sa compréhension des enjeux portés par la bourgeoisie montante qui avait besoin de faire éclaté les carcans aristocratiques en faisait le "découvreur" de cette réalité fondamentale. Le "nouveau" par nécessité, pour émerger, n'a pas d'autre choix que de contredire, en tout ou en partie ,"l'ancien". L'idée de la "lutte des classes" n'est que le résultat conclusif de l'observation des confrontations et débats fondamentaux qui agitent la société toute entière.

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