État des lieux (6)

Publié le par Jean LE DUFF

De la peur du manque à la cupidité,
les tribulations de l'espèce humaine

Par la présentation succincte et forcément un peu schématique d'une partie de l'histoire significative, c'est à dire "qui a du sens", de ces deux derniers siècles je pense avoir mis en évidence que le passage de l'ordre ancien à une nouvelle cohérence sociétale justifiée par le dépassement des blocages qui freinent l'émergence de nouvelles capacités productives et distributives, suscite nécessairement des affrontements, des conflits qui peuvent être très violents. Nous devons aux philosophes, savants et penseurs du "siècle des lumières" d'avoir relativement bien analyser les blocages du développement de l'humanité dans notre pays et d'avoir relativement suggérer des réponses positives à ceux-ci. C'est dans le fil de cette visée que prend lentement place et non sans à-coups, l'évolution de notre société depuis la fin du 18ème siècle.

Comment se peut-il, alors que les connaissances progressent de manière exponentielle, que les nouvelles générations ne soient pas capables de régler par le seul raisonnement les contradictions et les conflits. L'explication est relativement simple. C'est que l'ëtre humain, quelque soit sa place dans la hiérarchie sociale, n'est pas seulement un "roseau pensant". C'est aussi un animal porteur de pulsions, de réactions instinctives qui restent plus ou moins primitives, enfouies au plus profond de lui-même, quand bien même la phylogénèse de l'espèce humaine devrait le rendre de plus en plus capable de maîtriser intelligemment l'adversité.

En réalité, la peur du "manque" peut déstabiliser n'importe quel individu. Celui qui a faim craint de ne pas pouvoir manger. Celui qui accumule les objets de satisfaction des fantasmes les plus farfelus, élargit ses appétits et par la même occasion sa peur de manquer. Le capitalisme à favorisé les capacités d'accumulation. Plus on accumule les richesses dans ce type d'organisation et plus on veut accumuler. Le capitalisme repose en fait sur la cupidité exacerbée d'une minorité qui ne craint rien tant, que l'éventualité de ne plus pouvoir accumuler. L'Aristocratie du 18 ème siècle vivait tant bien que mal des rentes qu'elle pouvait  exiger de ceux qui vivaient sur les territoires qui lui étaient dévolus. La bourgeoisie industrieuse et commerciale a développé de manière extraordinaire la production et la commercialisation des biens matériels, ne laissant à ceux qu'elle asservissait que le minimum pour survivre, individuellement et en tant que classe sociale, afin de pouvoir satisfaire ses pulsions accumulatives.

Au fil des siècles l'espèce humaine s'est dotée d'un témoin de la valeur des biens matériels: la monnaie. Au début, La quantité de monnaie en circulation était approximativement représentative de la richesse existante. Les monnaies étaient multiples. Chaque chef de territoire frappait sa propre monnaie. Il a donc fallu établir des correspondances entre les monnaies. Aujourd'hui on appelle cela le taux de change. Et puis on s'est rendu compte que si on disposait d'un stock important de monnaie facilement mobilisable on pouvait peut-être stoker des marchandise achetées à bas prix pour les revendre en période de pénurie à prix élevé. La spéculation n'a pas d'intérêt économique pour la société mais elle fait de l'accumulation de monnaie une arme redoutable.

C'est ainsi que progressivement les jeux monétaires et financiers sont devenus plus lucratifs que la production des richesses matérielles. On dit parfois que les flux financiers, la circulation de la monnaie sous toutes ses formes, sont déconnectés de l'économie réelle. Pire, ils peuvent parfois casser l'économie réelle. Ils ne pourront jamais se passer de la circulation des produits matériels représentatifs d'une utilité pour les êtres humains, c'est à dire porteurs d'une valeur d'usage, mais ils peuvent agir sur les conditions de leur fabrication et de leur distribution.

Par exemple, aujourd'hui les actionnaires exigent des taux de rendement financiers de l'ordre de 15 à 20%, or, plus les processus de production deviennent sophistiqués, plus ils nécessitent des machine à coûts élevés et plus il faudra du temps pour amortir l'investissement dans ces machines. Les gains de productivité, en moyenne sont plus proches de 3 à 5%  que des exigences des actionnaires. Le progrès technique aujourd'hui ne permet plus de dégager des marges de profits élevées.  Les exigences des actionnaires ne peuvent donc être satisfaites  qu'en réduisant la part qui revient au seul facteur compressible dans la production: le facteur humain. La financiarisation de l'économie s'accompagne donc nécessairement de la compression des personnels et de la compression des salaires. Le CICE voulut par l'aveuglement des gouvernements Hollande ne peut donc au mieux que favoriser les marges des entreprises de production, en aucune manière développer l'emploi et à fortiori les salaires.

Ce nouveau stade de développement du capitalisme crée donc un antagonisme incontournable entre la vie humaine, les sociétés humaines et ce capitalisme lui-même. Ce n'est pas une affirmation idéologique, c'est un constat

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